pollanno

jeudi, avril 12, 2007

Another dimension of space

The Blind Assassin (Le Tueur aveugle) ,superbe "roman à tiroirs" de la Canadienne Margaret Atwood, est placé sous le signe du conte. Celui qui vous captive à vous en faire oublier le temps, vous prend au piège de ses tours et détours, de ses emboitements, tout en s'acheminant vers un point bien précis.

Ici nous n'avons pas une mais trois Shéhérazade, dont les voix se succèdent et s'entrelacent.
Iris Chase Griffen est la première à prendre la parole. Mue par la volonté de rétablir la vérité sur sa famille, une dynastie ruinée d'industriels de Toronto, cette octogénaire à la santé chancelante mais à la plume alerte, commence un matin à rédiger leur saga de grandeur et décadence, et l'histoire de sa propre vie
La deuxième voix est celle de Laura Chase, la soeur d'Iris, personnage rêveur et fantasque mort à 25 ans dans des circonstances étranges, au lendemain de la fin de la 2e guerre mondiale. Dans son roman posthume devenu culte, The Blind Assassin, elle semble raconter son histoire, celle d'une jeune fille de la bourgeoisie, amoureuse d'un activiste politique recherché par la police, et qu'elle retrouve dans des meublés, des parcs, des bars, en échappant à la surveillance de sa famille.
Le troisième conteur c'est cet homme, qui est aussi écrivain de "pulp" pour survivre, et auquel sa jeune amante a réclamé une histoire qui la transporte ailleurs ("could I have another dimension of space ?"). Au fil de leurs rencontres, il tisse donc un récit de science-fiction/heroic fantasy, où un tueur aveugle et une vierge muette promise au sacrifice précipitent la chute d'une civilisation extraterrestre, raffinée et décadente.

Tout le roman se fonde en fait sur cette idée de another dimension of space.
Les trois strates narratives peuvent à priori déconcerter par leur manque de rapport apparent, mais on réalise vite qu'elles racontent la même histoire, avec des cadres, styles, personnages différents. Elles convergent vers un même point, le rétablissement d'une vérité longtemps étouffée.
Dans ce qui est à la fois jeu de miroirs et un thriller, nous voyons peu à peu apparaître des correspondances entre les trois récits, mais également des fausses pistes, nous restons dans l'incertitude jusqu'à la révélation finale, inattendue et bouleversante.
Ne vous laissez surtout pas rebuter par cette sophistication. Comme je le disais plus haut, l'intelligence et la complexité de la construction ne servent qu'à rehausser le bonheur de la lecture, celui de se laisser transporter, à l'instar de l'héroïne du livre de Laura, dans un (triple) univers romanesque de grande qualité,traversé d'émotion et de poésie.
The Blind Assassin restera parmi mes moments de lecture les meilleurs et les plus marquants.


The Blind Assassin, Margaret Atwood, 2000, Anchor Books, 538p.