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jeudi, décembre 16, 2004

Through my Sails

Still glaring from the city lights
Into paradise I soared
Unable to come down
For reasons I'd ignored.
Total confusion,
Disillusion
New things I'm knowin'.

I'm standing on the shoreline
It's so fine out there
Leaving with the wind blowing
But love takes care.
Know me, know me
Show me, show me
New things I'm knowin'.

Wind blowing through my sails
It feels like I'm gone
Leaving with the wind blowing
Through my sails.

Neil Young with Crazy Horse, Zuma (1975)

mercredi, décembre 15, 2004

Bookworm

Voici la chose qui me sert de marque-page .

A bookworm (= un ver de livre) en anglais, c'est un(e) mordu(e) de lecture. Un rat de bibliothèque, si on veut absolument garder l'image animalière et peu ragoûtante. Quoique bookworm est beaucoup plus sympa, j'aime bien cette idée de se frayer un chemin dans les pages, d'y creuser un petit tunnel qui fait des tours et des détours, des circonvolutions. Puisque quand on lit, on revient en arrière, on jette parfois un coup d'oeil furtif aux pages de la fin ... Tandis que le rat, qui ne laisse du bouquin qu'un triste tas de confetti sur le sol, bof... Et puis les bibliothèques, depuis la fin de la fac, je n'y mets plus souvent les pieds. Gardé de bons souvenirs de la BU cela dit, malgré les longues heures de boulot ingrat (épluchage et recopiage sont les deux mamelles de l'agrégatif) . La section d'anglais étant au dernier étage, les baies vitrées offraient une vue imprenable sur les toits d'ardoise et les clochers de la vieille ville, où s'accrochaient de petites écharpes de brume les matins d'hiver. Une ambiance assez seventies s'attardait encore dans ces lieux (pas l'ombre d'un ordinateur mais des classeurs remplis de fiches jaunies tapées à la machine, lino vert sombre au sol, mobilier en Formica faux-bois, fauteuils de skai avachis, looks bab's des étudiants) , mais plutôt plaisante. En huit ans, les choses ont dû changer. Maintenant, c'est peut-être tout design et informatisé, mais franchement, j'ai des doutes ;-) ...

mardi, décembre 14, 2004

いぬいとみこ, Inui Tomiko

J'ai décidé, une fois par semaine, de faire un retour sur les livres qui ont marqué mon enfance, chacun à leur façon.

Le plus magique d'entre eux est sans hésiter: Le Secret du Verre Bleu, de Tomiko Inui, découvert vers 10 ans. Ce livre, c'est étrange. Je l'ai immédiatement adoré, j'ai dû le lire des dizaines de fois, mais jamais je n'ai demandé à mes parents de me l'acheter. Non, je le lisais et le relisais essentiellement à la bibliothèque municipale, le mercredi après-midi. Une partie de son charme est sûrement venue de son inaccessibilité. Puis vient l'âge où aimer rime avec posséder. Grosse déception quand j'ai enfin voulu l'acquérir : épuisé! Et puis sourire béat quand il a été réédité en 1996. Bien que la nouvelle édition - et les illustrations! - m'aient d'abord un peu chiffonnée, dès les premières lignes j'ai retrouvé l'ambiance qui me fascinait autrefois :

Au premier étage de la maison, il y a une petite bibliothèque. Sa porte, donnant sur un couloir obscur, est presque toujours solidement fermée, comme si elle la défendait contre toute visite indicrète. C'est la plus modeste et la plus tranquille des pièces de la maison.
Quand on ouvre la massive porte de chêne, on voit sur les murs, du plancher au plafond, des étagères pleines de livres qui se sentent là tout à fait comme chez eux. A côté des vieux classiques chinois, il y a beaucoup de livres en langues européennes, ceux que le grand-père lisait à l'époque de Meiji. Dans un coin, il y a deux cents livres de poche, couverts d'une fine couche de poussière. Bref, cette bibliothèque est un lieu de retraite où dorment en paix les vieux bouquins qui ont achevé leur temps de service.
Et près du plafond, habite une famille de Petits-Hommes:dans un espace triangulaire entre une lucarne et le rayon supérieur de l'étagère. Et juste à la hauteur de la lucarne, un grand orme du Caucase étend ses branches touffues. En été, son feuillage vert sert de rideau aux Petits-Hommes. En hiver, au contraire, ses branches dénudées laissent les rayons bienfaisants du soleil envahir leur chambre.

L'histoire , qui se déroule au Japon, juste avant, puis pendant la 2e guerre mondiale, est celle de deux familles. Les Moriyama, opposants au régime militariste, abritent depuis plusieurs générations, dans un recoin de leur bibliothèque, les Milky, "Petit-Hommes" venus d'Angleterre. Youri, une petite fille , est chargée de s'en occuper et de leur apporter chaque jour, dans un étrange verre bleu, le lait dont ils se nourrissent. Le Japon entre en guerre ... Un livre sur les liens familiaux et l'amitié donc, profondément émouvant sans verser dans le mélo, mêlant réalisme (la vie quotidienne japonaise, citadine et rurale) et merveilleux (délicieux univers lilliputien des Milky), lumineux et nostalgique dans son évocation de la nature et des saisons ... Encore un exemple de cette remarquable façon qu'ont les auteurs (et cinéastes) japonais de dépeindre l'enfance, avec sensibilité et justesse, sans pathos ni idéalisation. Me viennent à l'esprit le manga Quartier Lointain, de Taniguchi, le film Un été à toute épreuve, le recueil de nouvelles La rivière aux lucioles, de Miyamoto Teru...
Il s'agit donc d'un des plus beaux livres "jeunesse" jamais publiés, à mon avis. Bizarrement, je n'ai jamais rencontré personne de ma génération l'ayant lu, ni à l'époque (forcément, je le monopolisais fermement à la bibliothèque, lol), ni maintenant. Parfois, je trouve une critique sur le net:
http://www.revue-solaris.com/numero/2002/142-asie-fantastique.htm
ou bien, et là, je suis toute émue (la vraie fan!), une page sur Inui Tomiko, avec sa bio et sa bibliographie
http://www.ehon.info/whoswho/TomikoInui.html
Comment se fait-il qu'un auteur pareil et plutôt prolifique ne soit pas davantage traduit en français ? (mais en tchèque, oui)
J'ai commencé à apprendre le japonais dans l'espoir (un peu fou...) d'arriver à lire un jour mes auteurs préférés dans le texte. Ce serait bien que Kokage no ie kobitachi (Les lutins de la maison sous les arbres), qui a éveillé mon intérêt pour le Japon, soit ma première lecture en V.O , non ;-) ? ...

lundi, décembre 13, 2004

Deep and dark December, la suite

I am a rock
I am an i-i-i-island
[gratouillis de guitare]
I have my bo-o-oks
And my poe-try to protect me
I am shie-ielded in my a-a-a-armor
Hiding in my room
Safe within my womb
I touch no one and no one touches me
I am a rock
I am an i-i-i-island

Voilà, avoir cité I am a rock , hymne baba s'il en fut, dans le post d' hier m'en a vrillé l'air dans la tête , ce qui fait que je l'ai chantonné toute la journée.J'aime bien cette chanson, mais elle m'agace un peu en colportant (même si elle est censée évoquer un cas particulier) le cliché du "lecteur- être asocial - coupé du monde - retranché dans sa forteresse de livres (et sa sinistre chambre où flottent des odeurs douteuses )- façon graine de serial-killer".
En ce qui me concerne, je n'arrive pas à voir un livre comme un mur protecteur, mais plutôt comme une ouverture sur le monde. L'ouvrir, c'est vraiment le même geste qu'écarter les battants d'une fenêtre par laquelle arrivent chez nous sensations, images, plaisirs, malaises...Une façon de se frotter au monde de façon indirecte, d'accord, mais pas si sécurisante à mon avis. Comment se sentir vraiment à l'abri, protégé, sur le seuil d'une porte ouverte?
Quant à apporter de la détente, je suis partagée... Tout dépend de la situation. S'il s'agit de fatigue physique ou de soucis mineurs, prendre un livre peut vraiment aider à les oublier. Mais quand ce sont des soucis plus intenses , même - et peut-être surtout- le plus prenant des bouquins me tombera des mains. Se retrouver dans le cocon de la lecture devient insupportable et étouffant, les pensées noires y rebondissent à l'infini comme une balle élastique à l'intérieur d'une sphère. Pour me "vider la tête" et retrouver un peu de sérénité, aller faire des longueurs de piscine ou marcher au hasard dans la ville m'a toujours mieux réussi.

dimanche, décembre 12, 2004

Deep and dark December

Réveil tardif ce matin, pas trop envie de me lever dans le froid en dépit de tout le travail à abattre pour demain. Je reste à lire au lit une petite heure , mais pas le Zadie Smith, de moins en moins attrayant. La période où je le lis joue aussi, ces jours de "deep and dark December" (I am a rock , Simon & Garfunkel) où le soleil n'a pas percé en une semaine, où cet appartement ressemble à un congélateur, bien que la chaudière rugisse et que les radiateurs soient brûlants. Je me rappelle les après-midi d'août où je lisais White Teeth sur les pelouses du parc de Procé, tandis que s'élevaient autour les cris joyeux des groupes en train de déballer de la nourriture sur l'herbe, des mères qui couraient après des bébés aventureux, des ados qui entamaient un foot.
J'ai donc lu Traversée de la neige, de Miyazawa Kenji qui me plaît beaucoup, et qui s'accorde joliment à la saison, lui, avec ses histoires d'ours et de neige bleutée sous la lune. Des petites fables à la fois fantastiques et réalistes où s'effacent les différences hommes/ bêtes/ végétaux, un peu comme chez Izumi Kyôka (La Femme Ailée). Un univers qui a du inspirer les films d'animation de Miyazaki ( la forêt magique de Princesse Mononoke). C'est vraiment délicieux.

(en cours...) The Autograph Man, Zadie Smith / Traversée de la neige, Miyazawa Kenji.

samedi, décembre 11, 2004

Déception...

J'ai commencé The Autograph Man, ( L'homme à l'autographe) il y a plusieurs jours et je n'ai presque pas progressé. Très peu de temps pour lire ces temps-ci , c'est vrai, mais aussi un certain manque d'enthousiasme. Après le chef d'oeuvre de drôlerie et d'intelligence que fut son premier roman White Teeth (Sourires de Loup), vraiment magistral, on ne peut qu'être déçu. Je sais que, si l'on apprécie réellement un auteur, on ne doit pas attendre de lui qu'il écrive la même chose ad vitam aeternam, mais on comprend rapidement que ce deuxième roman est censé reprendre les mêmes ingrédients : humour, érudition, virtuosité de l'écriture et de la construction. On les y retrouve, certes, mais vraiment affaiblis... White Teeth commençait par un suicide raté, mais qui nous arrachait déjà un sourire, voire un éclat de rire. The Autograph Man débute aussi par une situation dramatique, et là, c'est franchement déprimant. Zadie Smith dépeignait ses personnages d'une façon joyeusement mordante, et leurs défauts même les rendaient sympathiques. Ici, ils sont simplement déplaisants, et leurs mésaventures n'ont rien de cocasse, bien qu'elles soient censées l'être. La construction, plutôt que brillante, s'annonce assez absconse.
Mais bon, peut-être est-il simplement lent à se mettre en route, j'ai senti comme un frémissement de bon augure dans les dernières pages lues hier soir. On verra bien...

(en cours...) : The Autograph Man, Zadie Smith / Traversée de la neige, Miyazawa Kenji.

jeudi, décembre 09, 2004

Kamishibai san

Chronique Japonaise, de l'écrivain voyageur Nicolas Bouvier, est un livre qui m'a plu d'emblée. Sur sa couverture agréable au toucher, souple et légèrement granuleuse, une estampe de Hokusai montre un tanuki , blaireau magique, dissimulant son corps rond d'animal sous d'amples vêtements humains, et s'inclinant légèrement sur le côté, dans une posture mi-salutation mi-invite, comme si nous venions de pousser la porte de sa hutte. Il ressemble à un conteur nous conviant à prendre place au coin du feu et à l'écouter jusqu'aux petites heures de la nuit.
Et c'est bien le ton chaleureux, familier et captivant du conteur que Nicolas Bouvier adopte, pour juxtaposer chronique historique et chronique personnelle, le carnet de ses voyages au Japon, entre 1955 et 65.


Cette nuit j'ai vu en rêve toute l'histoire japonaise alignée comme une suite d'images d'Epinal aux couleurs acides, avec ici ou là un gros plan sur un visage stupéfait ou contrit. A peu près ce qu'un enfant verrait dans une lanterne magique.


A ceci près que ces images n'ont rien de figé et que l'auteur donne ainsi chair et vie à l'Histoire, à la façon du montreur d'images du quartier populaire d'Araki-Chô, à Tôkyô, où il résida plusieurs mois:

En contrebas de la rue, un sanctuaire shinto dédié à Inari, déesse de la Nourriture, et à son compère et messager le renard Kitsune, partage avec une scierie le fond d'une petite combe herbue. Par temps calme, parmi les minces fumées d'encens, on en entend monter les glapissements du Kamishibaï San (Monsieur Théâtre-en-Papier), en train d'ensorceler sa clientèle enfantine. Dans une caisse fixée sur son vélo, il insère une douzaine d'images de carton et les retire à mesure pour illustrer l'histoire qu'il psalmodie d'une invraisemblable voix rotée, tantôt plaintive et tantôt menaçante. Ogres, gansters, dragons, duels. Les styles et les mythologies se mélangent très librement; on voit un tigre ramper aux pieds de la Vierge Marie, un samouraï piloter un sous-marin.

Les visages sur lesquels il s'attarde (celui, médusé, de l'empereur chinois Tang-Yi apprenant par missive officielle la création de l'"Empire du Soleil-Levant", au 7e siècle ; celui du perplexe maire de la bourgade de Kyushu où vient d'accoster, en 1543, une jonque chargée des premiers Européens; celui du général Oda Nobunaga, mitraillant les missionnaires jésuites de questions lors de réceptions bien arrosées...) prennent autant de réalité que ceux des habitants modestes de la Shitamachi, les quartiers populaires de Tôkyô, dont il partagea la vie. Les baigneurs jovials du sento (le bain public), les artisans, les flics trompant l'ennui en jouant interminablement au go, les citadins accablés et rendus fous par la canicule d'août, les prostituées venues des campagnes(celles de La Rue de la Honte de Mizoguchi), les paysans célébrant un frénétique matsuri hivernal ...
En bref, un pays et un peuple , dont Nicolas Bouvier souligne avec humour les qualités et les travers, un Japon loin des clichés, méconnu et aujourd'hui disparu, aussi "frugal, introverti et pathétique " que truculent et festif , entre "Brueghel et Hokusai". L'austérité du Nô et du bouddhisme zen sont également évoqués, mais dans la pénombre de la salle de nô, les spectateurs sont de petits vieux malicieux qui vont discrètement prendre le thé ou un peu d'air pendant les récitatifs, et dans celle du Temple de la Grande Vertu, "un bouddha de bois doré haut de dix mètres sourit de voir ses fidèles manoeuvrer si adroitement et marcher - avec quelle prudence - sur des oeufs qui n'existent pas."

Autant d'anecdotes et d'atmosphères qui vont se nicher dans notre mémoire, de façon aussi marquante que si nous les avions réellement vécues. Un de ces livres rares qu'on absorbe plus qu'on ne lit - d'autant plus que le saké y coule à flots ;-)

samedi, décembre 04, 2004

Richard de Bury

Pas le temps aujourd'hui de mettre par écrit mes impressions sur Chronique Japonaise , juste de noter quelques lignes de ce bibliophile anglais du XIVe siècle, citées dans Lire par G.Oberlé:

Les livres sont des maîtres qui nous instruisent sans verges ni férules, sans cris ni colères. Si on les approche, on ne les trouve point endormis, si on les interroge, ils ne dissimulent point leurs idées. Si l'on se trompe, ils ne murmurent pas... O livres, qui possédez seuls la liberté, qui seuls en faites jouir les autres et qui affranchissez tous ceux qui vous ont voué un culte fidèle!

Décidément, à toutes les époques, les enseignants en ont pris pour leur grade ;-) , mais une belle définition, qu'il faut remettre dans son contexte historique, les maîtres d'alors opérant essentiellement le bourrage de crâne décrit par Rabelais dans Pantagruel.

(en cours...) The Autograph Man / Zadie Smith.

vendredi, décembre 03, 2004

Inconnu à cette adresse

Je viens de terminer Inconnu à cette adresse, de Kressmann Taylor (1938) , que m'a fait parvenir une amie. Il s'agit d'une nouvelle épistolaire, la correspondance, entre 1932 et 1934, de deux amis marchands de tableaux, Martin Schulse, un Allemand, et Max Eisenstein, un Juif américain. Martin quitte la Californie pour retourner avec sa famille en Allemagne, juste avant qu'Hitler ne prenne le pouvoir, et s'y retrouve bientôt pris au piège, malgré les mises en garde répétées de son ami. Voici mes impressions de lecture mais :

* *attention, SPOILER * *

Un texte d'abord très intéressant du point de vue documentaire. Au fil des lettres, on assiste aux progrès rapides de la gangrène nazie dans une Allemagne meurtrie par la crise économique , et aux ravages qu'elle opère fatalement dans l'amitié de Martin et Max, perdant eux aussi tour à tour leur humanité, l'un par opportunisme,et l'autre, de douleur.
Ensuite, une histoire habilement construite, avec un retournement de situation inattendu, qui prend tellement le lecteur par surprise qu'il ne réalise que dans les dernières lignes ce qui s'est passé.
Mais une réflexion également sur le statut ambigu des mots , à la fois impuissants et le vecteur d'un pouvoir absolu. Tout en reconnaissant que la puissance d'Hitler est largement due à ses talents d'orateur, Martin vante l'action face au "discours" et renie ses opinions de penseur libéral: "Maintenant, je suis vraiment un homme; avant je n'étais qu'une voix ", justifie les autodafés de livres. Et en effet, que vont peser les mots et les lettres inquiets de Max face à l'embrigadement de son ami, puis la persécution des êtres qui lui sont chers? Et pourtant, dans un retournement final, l'écrit se fait l'outil de la vengeance la plus implacable, et quelques lettres suffiront à balayer toute vie sur leur passage, jusqu'à l'auto-destruction de cette correspondance et de cette amitié, scellée sobrement du tampon "Inconnu à cette adresse".

(en cours...) The Autograph Man / Zadie Smith.

mercredi, décembre 01, 2004

Le Protocole yaourtier

Il y a quelques mois, à la radio, j'ai entendu je ne sais plus qui parler, très pince sans rire, de la difficile gestion des yaourts dans un frigo. Eh oui, consommateurs effrénés que nous sommes, nous achetons de nouveaux packs de yaourts sans avoir fini ceux qui traînent encore entre le pot de rillettes et les tomates. Et cet homme disait donc que pour ne pas gaspiller et perdre honteusement le contrôle de son frigo, il fallait établir un strict protocole de consommation et s'y tenir : ranger les pots les plus anciens devant (place aux vieux!), et les plus frais derrière.
Là où je m'identifie, c'est que je rencontre quasiment le même problème avec les livres, lol. Quand je vais faire un tour en librairie (ou en grande surface, shame on me), il est rare que je ne craque pas pour une nouveauté, ou alors une réédition attendue ou un titre longtemps cherché...Et je reviens chez moi avec mon achat, que je vais poser sur une étagère, à côté de ... livres qui attendent d'être lus depuis longtemps. Car même en lisant beaucoup et souvent plusieurs livres en même temps, le stock ne s'épuise pas ! J'essaie autant que possible de respecter le fameux protocole yaourtier, je choisis les plus anciens d'abord. Mais il arrive que des "nouveaux" passent en priorité - m'enfin, faut bien suivre l'actualité littéraire quoi ! ;-) . Pauvre Autograph Man, de Zadie Smith, vénérable acquisition d'il y a au moins 6 mois , qui s'est fait successivement griller la politesse par les petits jeunes Sarinagara, de Philippe Forest, Goscinny, Manguel et j'en passe... De quoi filer mauvaise conscience, non?
Cela dit comparer les livres aux yaourts pourrait paraître d'un goût douteux, d'autant plus que les livres n'ont pour moi rien de jetable (voir post du 16/11). Aussi, plutôt qu'à une consommatrice volage, je préfère me comparer à un écureuil qui entasse en prévision de l'hiver et va même jusqu'à oublier ses cachettes. Et je redécouvre ainsi parfois, avec un mélange de honte et de plaisir, des livres flambant neufs perdus au milieu des "lus" : "Tiens, j'avais acheté Mystic River, moi? Quand ça déjà ?"
Mais cela revient au même. J'ai perdu le contrôle de ma bibliothèque. Et les yaourts se marrent. Lamentable, isn't it :-/


(en cours...) The Autograph Man, Zadie Smith (enfin!!!) / Lire la bande dessinée (relecture), Benoît Peeters / Inconnu à cette adresse, Kressmann Taylor.