pollanno

mercredi, mai 04, 2005

Rêves éveillés

Encore une histoire de rêves, décidément, on n'en sort plus ;-)

Quand j'ai découvert Miyazawa Kenji il y a quelque temps, j'ai particulièrement aimé la nouvelle Place de Pollanno, où le narrateur et ses amis parcourent les champs par les nuits d'été, à la recherche d'une fête mystérieuse, dont ils ne perçoivent que les échos et la lueur à l'horizon. Cette quête nocturne m'a fait penser à un passage chez Murakami Haruki, dans Les Amants du Spoutnik. Le narrateur vient d'arriver sur une petite île grecque , où sa fantasque amie Sumire a disparu de façon inexplicable. Une nuit, il est réveillé par une musique étrange qui semble provenir du sommet d'une colline inhabitée.
Voici d'abord l'extrait de Miyazawa Kenji:



Nous marchâmes sans mot dire au travers de ces champs qui étaient striés de bandes innombrables, comme un tissu étrangement rayé, dans la direction d'où réellement une lumière bleu pâle rayonnait à profusion. [...]Soudain, de l'autre côté des champs voilés de bleu, se firent entendre des vibrations paisibles qui ressemblaient à des sons de violoncelle ou de basse.
"Voilà, c'est ça!"
Fazello frappa ma main. Moi aussi, je tendis l'oreille, immobile. La musique tranquille, sereine, résonnait comme un murmure. Je restais frappé de stupeur, me demandant d'où elle provenait. Elle pouvait venir du sud comme de l'ouest ou du nord, ou bien de là où nous étions partis... pensais-je à l'écoute de ces sons qui vibraient avec bonheur, certains dans les aigus, d'autres dans les graves et qui semblaient jaillir de l'intérieur même de la terre.
En outre, on aurait dit qu'il n'y en avait pas un ou deux, mais bien davantage. Parfois ils disparaissaient ou ils s'entrelaçaient en se recomposant. On ne pouvait rien en dire.
[...]
Nous nous remîmes en route. Tout à coup, nous entendîmes des crissements aigus: c'étaient des scarabées cerf-volants couleur d'acier dont les ailes cliquetaient en sons métalliques, comme si elle se tendaient dans l'air.
Se mêlaient à ces bruits secs les harmonies de vrais instruments de musique et par intermittences un brouhaha de voix humaines qui s'évanouissait parfois.
Peu après Fazello s'arrêta d'un coup, il saisit mon bras et pointa le doigt vers l'ouest à la limite des champs. A mon tour je scrutai cette direction, et à trop me frotter les yeux, j'en titubai un peu. Là-bas, sept ou huit arbres dont on ne pouvait reconnaître l'espèce s'éclairaient, bleutés et scintillants - c'était comme si la lumière irradiait de leur corps même, et le ciel en était, semblait-il, plus lumineux, d'une matière indéfinissable.



Puis Murakami Haruki:




Je décidai de marcher dans la direction des sons. J'avais envie de savoir d'où ils arrivaient exactement, et qui les produisait. Ayant déjà emprunté le sentier qui menait au sommet de la colline pour me rendre à la plage, je ne risquais guère de me perdre. Je verrais bien jusqu'où je pourrais aller.
Comme la lune éclairait brillamment le sentier, je n'avais aucun mal à avancer. la lumière vive dessinait des ombres aux contours compliqués entre les rochers, teignait la terre de couleurs improbables. Chaque fois que les semelles de mes baskets écrasaient un caillou, le son résonnait, amplifié, de façon peu naturelle. Au fur et à mesure de mon avancée, la musique se faisait plus claire. Elle venait bien de là-haut. Je distinguai les notes d'un instrument à percussion indéterminé, ainsi que d'un bouzouki, d'un accordéon et d'une flûte. Peut-être y avait-il une guitare aussi - mais pas de chants, pas de cris scandant la musique. Juste cette dernière qui continuait sans trêve, à un rythme détaché, presque monocorde.
J'étais partagé entre mon désir, de plus en plus vif, d'assister à cet étrange concert et le sentiment qu'il valait peut-être mieux que j'en reste éloigné. Une curiosité difficile à réprimer et une crainte instinctive se mêlaient en moi.


J'ai rarement lu des pages d'où émane une telle atmosphère de mystère et de magie, et où l'excitation mêlée d'appréhension des personnages, comme ensorcelés, est aussi bien rendue.
Ces deux auteurs excellent dans l'évocation du rêve éveillé, de mondes où la frontière se brouille entre réalisme et fantastique, état d'éveil et songe.

Miyazawa Kenji, Traversée de la neige, Le Serpent à Plumes coll. motifs
Murakami Haruki, Les Amants du Spoutnik, 10/18.

1 Comments:

  • Dear sir and Madam, boy and girl

    Please listen to the Song of AMENIMO MAKEZU by TAR Friend from MALAYSIA in honor to practicer of Lotus Sutra
    请听由马来西亚拉曼之友为向法华经行者宮澤賢治雨而作的[雨ニモマケズ]之曲

    Please Click http://www.youtube.com/watch?v=0OIOaF5AOV4

    Lyric: edited from宮澤賢治雨ニモマケズ
    Song :GOHHOEHOE and COMPANY(吴和豪)


    雨ニモマケズ


    風ニモマケズ


    雪ニモ夏ノ暑サニモマケヌ


    丈夫ナカラダヲモチ


    慾ハナク


    決シテ瞋ラズ


    イツモシヅカニワラッテヰル

    ヨクミキキシワカリ
    ソシテワスレズ
    风也不怕

    雨也不怕

    大雪也不怕

    夏天的炎热也不怕

    长有强壮的身体

    也没有欲望

    我绝对不动怒

    日日夜夜静静地笑着

    世间一切是非

    不要放在自己心头上

    用心看,小心听,就明白
    然后牢牢记住,然后牢牢记住

    By Blogger 呉 和豪, at 16/12/08 9:54 AM  

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